Thème de l'émission de radio: dans notre système économique, dès que la croissance fléchit, la création d'emploi s'arrête, voire devient négative. Alors quid de la décroissance ? Celle-ci est-elle mécaniquement corrélée à un effondrement du nombre de places de travail ?
Cette question fait l'objet d'une discussion autour du dernier livre de Jean Gadrey, professeur d’économie à l’Université de Lille. Participent Jean Paul Fitoussi, directeur de l’OFCE et Philippe Jurgensen, président de l'ACAM. Jean Gadrey explique que, d'une part, le terme de décroissance est à nuancer: la décroissance désigne d'abord l'arrêt de la croissance, laquelle ne peut de toute manière perdurer indéfiniment dans le système fini qu'est la planète Terre. Il s'agit de diminuer les quantités produites, et donc la consommation de ressources et les émissions de CO2. En parallèle, la qualité des biens produits doit être augmentée, tant au niveau de leur durabilité, de leur efficacité énergétique qu'en terme de recyclabilité et d'efficacité des processus de production. Tous ces axes d'amélioration vont, dans le long terme, nécessiter la création d'un nombre considérable d'emplois.
Plutôt que sur l'augmentation des revenus, l'accent peut être mis sur la diminution graduelle des temps de travail, synonyme - pour certains du moins - d'accroissement de la qualité de vie, sans incitation à plus de consommation.
Comme l'illustre cette table ronde, nous assistons à l'émergence d'une pensée économique renouvelée qui prend en compte les limites physiques qui se dressent devant la croissance infinie.
Christian Arnsperger, économiste et philosophe de l'économie, professeur à l'Université Catholique de Louvain. est l'auteur de "Ethique de l'existence post-capitaliste - Pour un militantisme existentiel". Il explique que si l'on ne peut pas se passer de l'économie, nous allons devoir nous défaire du capitalisme, car ce système est un symptôme: les sociétés développées souffrent d'un vide existentiel et spirituel. Nous tentons de combler ce vide par la surconsommation de biens matériels, mais aussi de symboles, d'images, d'idées. Christian Arnsperger voit dans la crise économique une occasion de refonte du système. Sur le plan individuel, les crises représentent des opportunités qu'il faut savoir utiliser. Toutefois, si la relance réussit, le capitalisme reprendra sa marche, sur un mode de plus en plus chaotique.
Selon Christian Arnsperger, il ne s'agit pas seulement de changer le système en profondeur, mais de modifier notre vision du sens de la vie. Se rapprochant des thèses de la décroissance, Christian Arnsperger, devant la nécessité de relocaliser l'économie, propose le retour à des structures qu'il décrit comme communalistes.
Une interview riche en idées novatrices qui mérite sans doute plusieurs écoutes pour en comprendre la pertinence. Les propos de Christian Arnsperger illustrent les questions de sens qui se font jour dans la société. Elle fait écho à d'autres contributions présentes sur le site (voir liens plus bas).
Dans cette entretien majeur, Alain Gras, professeur de socio-anthropologie des techniques à Paris I et Christian Laval, chercheur en histoire de la philosophie et de la sociologie à Paris X Nanterre portent un regard croisé sur la notion de progrès. A la question: "qu'est-ce que le progrès ?", Christian Laval explique que celui-ci se définit en étroite correspondance avec le monde utilitariste dans lequel nous vivons. Dans ce contexte, le progrès signifie accumulation d'objets, de confort, de signes monétaires. Dans le passé, le progrès était plus perçu comme le développement de son être, de ses connaissances, de la qualité de ses raisonnements, de ses valeurs morales. Comme l'explique Alain Gras, la notion d'efficacité s'est introduite dans tous les aspects de notre société et de nos vies, généralisant le souci de la productivité et de la performance, avec en corollaire tous les effets destructifs sur l'habitabilité de la planète. Avant le 17è siècle, cette coloration de l'ensemble de notre existence n'existait pas. Sans cette prise de conscience de nature philosophique, l'abandon du dogme de la croissance infinie ne sera pas possible. Or, le changement de représentation nécessaire aujourd'hui semble peu réaliste sur le court terme, à moins que nous réussissions à tous nous persuader qu'il y a urgence.
Lorsque l'on est pris dans un incendie, il n'est pas évident que le chacun pour soi ne soit pas le comportement qui prédomine. Avec la crise du néo-libéralisme productiviste qui frappe notre civilisation, bien que les dirigeants soient maintenant parfaitement au courant des problèmes et de leurs implications, il n'est pas acquis que s'impose un comportement coopératif et solidaire des nations, alors qu'elles sont en compétition pour les ressources qui se raréfient et pour le maintien de leur niveau de vie.
Cet enregistrement est tellement riche qu'il mérite largement d'être réécouté !
Vincent Liegey présente le parti politique de la Décroissance qui se met "en campagne" pour les élections européennes 2009. Il ne s'agit pas de propagande politique, mais d'une présentation intéressante - et non dénuée de pertinence et d'éléments nouveaux - des idées et de la vision des promoteurs de la décroissance, une pensée encore marginale mais appelée vraisemblablement à venir fertiliser le débat politique dans un proche avenir.
Ce reportage examine le mouvement politique des objecteurs de croissance en Suisse Romande. Il contient des témoignages de personnes qui ont décidé de changer leur style de vie pour s'orienter ves la simplicité volontaire. En cours de reportage, Jacques Grinewald, philosophe de l'économie, partage quelques réflexions intéressantes sur les raisons qui motivent les objecteurs de croissance ...
Dans cette interview, Paul Aries, philosophe et essayiste, nous brosse à grands traits les principaux concepts de la décroissance. Le discours surprend - voire choque - mais avons- (aurons) nous réellement le choix ? Ou préférons-nous la barbarie, ou la guerre, comme nous l'expliquent Isabelle Stengers ou Jean-Marc Jancovici ?
Les inégalités de revenu ont retrouvé le niveau qu'elles avaient avant la guerre de 14 selon un économiste cité par Patrick Viveret. Ces inégalités sont de nature à entamer l'ordre social explique le philosophe. A quelle hauteur devrait être fixé le RMA ? Patrick Viveret fournit quelques pistes en se référant à Henri Ford et au fondateur de la banque JP Morgan. Une interview qui explore une question qui va peut-être conquérir des part d'audimat dans les années à venir ...