Stupéfiant ! Cet enregistrement synthétise toute la philosophie de ce site Internet, à l'exception de la manière dont sa conclusion est déclinée. Jacques Blamont, professeur émérite à l'université Paris-VI, membre de l'Académie des sciences, auteur avec Jacques Arnould, philosophe, historien des sciences et théologien français, du livre "Lève-toi et marche : Propositions pour un futur de l'humanité", athée déclaré, développe dans cette interview via une argumentation claire, rationnelle, concise et dénuée d'émotion la thèse que la seule voie capable de permettre à l'humanité d'échapper à l'effondrement programmé pour le milieu de ce siècle réside dans le renouveau de la spiritualité.
Le constat d'échec de notre civilisation tel que le brosse Jacques Blamont est connu: épuisement des ressources - énergétiques, minières, en terre arables, en eau potable -, surpopulation et explosion des bidonvilles, bouleversements climatiques, augmentation prévisibles des tensions et de la violence. Jacques Blamont explique que l'humanité est méchante, reprenant le terme utilisé par les moralistes du 17è siècle. Il cite en exemple la capacité des hommes à faire subir la souffrance à l'échelle industrielle à 20 milliards d'animaux pour satisfaire leurs besoins croissants en viande.
Jacques Blamont énumère 3 voies de salut pour la civilisation. La science peut-elle nous sauver ? Mais plus de technologie peut-elle réparer les dégâts de trop de technologie, fait remarquer l'auteur ? Seconde voie examinée: la politique, via l'instauration d'une gouvernance mondiale chargée de gérer, par des mesures forcément coercitives, l'allocation des ressources se raréfiant. Enfin, seule voie praticable selon Jacques Blamont, le travail sur le coeur de l'homme, par le développement de la spiritualité. Toutefois, la manière dont l'auteur conçoit le retour de la spiritualité, en la confondant avec la religion, ne manque pas de surprendre: vouloir confier le renouveau spirituel à une Eglise Catholique renforcée par une troupe d'intervention, tel que l'imagine Jacques Blamont, relève clairement de la farce. Cette solution paraît d'autant plus improbable qu'elle évoque tous les débordements commis par l'Eglise dans les siècles passés. Une proposition qui en plus contredit nombre de constats pertinents de l'auteur, toute en laissant sur le carreau les autres religions. La lecture du livre de Jacques Blamont s'impose pour comprendre dans le détail la conclusion de son analyse. En résumé, nous avons-là une interview extrêmement riche avec une conclusion originale dont le principe, à défaut de l'application proposée, est à considérer avec plus grand sérieux.
Bertrand Méheust, historien, sociologue et philosophe, vient de publier "La Politique de l'Oxymore". L'oxymore est une figure de style qui réunit dans un même mot ou expression deux concepts sémantiquement opposés, comme dans "silence assourdissant" ou "retour vers le futur". Bertrand Méheust explique que notre société, confrontée à ses contradictions, les absorbe en les dissolvant dans des oxymores: développement durable, voiture propre, écologie libérale, etc. Cela procure un alibi - ou un calmant - pour éviter la mise en question de notre mode de vie. Bertrand Méheust se montre très pessimiste face à l'éventualité d'un sursaut qui nous permettrait d'éviter de tomber dans la barbarie ...
Isabelle Stengers, philosophe des sciences, dans son livre "Au temps des catastrophes. Résister à la Barbarie qui vient", nous met en garde contre cette nouvelle calamité. A mesure que les bouleversements climatiques chasseront les populations de leur habitat d'origine, les pays avancés se mueront en forteresses, normalisant les comportements barbares. Il semble que nous laissions les grands problèmes se développer jusqu'au point où le seul choix de "solution" possible soit la barbarie. De manière générale, les questions que nous posent l'économie ou la politique sont toujours formulées ou présentées sous un angle qui ne laisse pas le choix de la réponse. Le cas des OGM montre toutefois que l'émergence d'une résistance est possible. Isabelle Stengers cite également les informaticiens qui réussissent à préserver des espaces de liberté - et de gratuité - dans la logique d'accaparement du capitalisme. Des réflexions particulièrement pertinentes qui montrent que la prise de conscience est à l'oeuvre.