Dans cet enregistrement en libre accès ici, Aurélien Bernier, écrivain et militant altermondialiste, examine d'un oeil critique la volonté affichée par l'UE de donner une plus grande place à l'écologie. L'Europe entend se profiler sur la scène mondiale comme étant à l'avant-garde dans la lutte contre le réchauffement climatique. Or, l'Europe se construit avant sous l'égide de la doctrine néolibérale. Aurélien Bernier explique comment une politique écologique qui se veut opérative, et non pas seulement une tentative d'améliorer son image, ne peut pas se mettre en place sans renoncer aux injonctions du libéralisme.
Cet interview nous fait prendre conscience à quel point l'expression "écologie libérale" est un oxymore - l'association de 2 termes antagonistes, à l'instar de "voiture verte" ou "développement durable" (voir interview de Bertrand Méheust) - !
Dans ce court enregistrement, en examinant le cas de British Petroleum, Hervé Juvin, économiste et essayiste français, soulève la question de la relation entre la forme juridique d'une entreprise et les dangers que celle-ci fait courir à la société. British Petroleum a été épinglée à plusieurs reprises pour non-respect des prescriptions de sécurité. Le souci de maximiser la rémunération des actionnaires conduit les sociétés par actions à économiser sur la sécurité, explique Hervé Juvin. Dans certains domaines - exploitation pétrolière, nucléaire, santé publique, finance - l'accent mis sur la profitabilité à court terme par les grandes multinationales mondialisées fait de ces entités un danger pour le reste du monde. Hervé Juvin préconise, dans de tels contextes, de se tourner vers une structuration sous forme de société coopérative. La société coopérative est naturellement orientée sur sa pérennité à long terme, possède un domicile qui fait sens et est statutairement incitée à agir dans l'intérêt de ses coopérateurs.
Dans cet échange de vues, disponible ici en libre écoute, est examiné le rôle de l'histoire du dernier siècle dans les différences entre les visions allemande et française en matière économique. Avant la crise, la France a basé sa croissance sur la stimulation de sa demande intérieure par le soutien à la consommation et une politique salariale accommodante. A l'opposé, l'Allemagne a accru sa TVA et allégé les charges sociales des entreprises. Elle a opté pour la restauration de sa compétitivité et a donné la priorité à l'emploi, en modérant les augmentations de salaire et en acceptant l'émergence d'une classe de travailleurs pauvres. Résultat: l'Allemagne est à la fois championne des exportations et à la traîne en matière de consommation, deux caractéristiques qui déplaisent à ses partenaires européens.
Anton Brende et Frank Baasner soulignent à quel point la mise en place du fond de soutien européen et le rachat d'obligations grecques par la Banque Centrale Européenne heurtent les Allemands, très attachés à l'orthodoxie financière et au respect des règles. Ceux-ci se sentent floués, eux qui ont accepté en 1999 de renoncer au deutsche mark, monnaie solide et fierté nationale, pour un euro censé être de même nature. Cette constatation sonne comme une mise en garde ...
Intervenants: Marion Gaillard, historienne et maître de conférences à Sciences Po Paris, Anton Brender, économiste chez Dexia Asset Management et Frank Baasner, directeur de l'Institut franco-allemand de Ludwigsburg.
Dans cette interview disponible en libre écoute, l'économiste Jacques Sapir défend la restauration du protectionnisme. Son argumentation est particulièrement limpide: l'histoire économique réfute le crédo libéral qui dit que la libéralisation des échanges profite à tous les pays en concurrence. Par ailleurs, Jacques Sapir explique que l'ouverture des marchés rend difficilement applicable l'instauration d'une réglementation écologique ou la mise en place d'une politique sociale progressiste: les coûts supplémentaires induis pour les entreprises génèrent un avantage concurrentiel au bénéfice des sociétés qui opèrent dans les pays qui n'imposent pas ces règles.
Jacques Sapir propose une forme éclairée de protectionnisme: en premier lieu, les droits de douane ne doivent pas frapper les pays dont la productivité est trop basse pour financer des mesures écologiques ou sociales. Ensuite, s'appliquant à des pays de niveaux de productivité similaires, les droits doivent être calculés de manière à rétablir une concurrence équilibrée entre pays vertueux et pays laxistes. Le produit des taxes ne doit pas servir à accroître les recettes fiscales, mais à financer des aides aux pays moins-disant afin qu'ils se mettent progressivement à niveau sur les plans environnemental et social.
L'économiste explique très clairement le mécanisme par lequel le libre-échange aboutit à imposer aux pays responsables les pratiques des pays libéraux, enlevant de ce fait toute possibilité de choisir une politique sociale et de l'environnement responsable.
Cette interview, dense malgré l'efficacité du propos, suscite beaucoup de réflexions et gagne à être écoutée plusieurs fois !
Cet entretien en libre écoute avec 2 économistes sur la question de l'endettement des pays occidentaux fait apparaître de nouvelles données sur cette problématique: une étude américaine récente couvrant 2 siècles d'endettement des nations de différentes parties du monde montre l'existence d'un seuil critique d'endettement de 90 % du PIB. En deçà de ce seuil, la croissance annuelle moyenne des économies se situe aux alentours de 3.5 %. Passé cette limite, la croissance tombe à 0. Une découverte préoccupante lorsque on sait que l'endettement des pays occidentaux suite à la crise s'élève globalement à 98 % du PIB !
Les Etats se sont déjà trouvé en situation de sur-endettement, notamment au sortir de la seconde guerre mondiale. Néanmoins, la croissance élevée qui a résulté des besoins de reconstruction, accompagnée d'une forte inflation - les fameuses 30 Glorieuses -, a permis de rembourser les emprunts.
Jean-Luc Buchalet examine l'archétype du pays sur-endetté qu'est le Japon, lequel fait face de surcroit - tout comme l'Europe - à un problème de vieillissement de sa population. Comme l'explique l'économiste, le Japon, malgré un contexte économique plus favorable que celui de l'Europe aujourd'hui, s'est enfoncé dans la spirale de la dette, qui atteint aujourd'hui 218 % du PIB.
Pierre Sabatier évoque quelques pistes de solution: si l'on considère que depuis les années 80 les inégalités de revenu se sont notablement accrues au profit des plus aisés, la tendance pourrait bien être une charge fiscale renforcée sur les hauts revenus afin de financer l'effort de désendettement sans peser sur la consommation de la classe moyenne ...
La question constitue l'objet de ce débat entre économistes disponible en libre écoute. Comment se fait-il que l'euro soit la cible des marchés alors que la livre et le dollar, assortis d'un déficit de plus de 10 % du PIB contre 6 à 7 % dans son ensemble pour l'euro, sont épargnées ? Eric Chaney, économiste, explique que ce paradoxe provient de l'absence de solidarité fiscale au sein de la zone euro: aucun pays membre n'accepte de payer des impôts pour un autre pays en difficulté. De même qu'une chaîne a la résistance de son maillon le plus faible, la conséquence est que le défaut d'un seul pays peut faire s'écrouler l'ensemble.
L'euro était probablement voué à l'échec dès sa naissance en l'absence d'un mécanisme strict de contrôle budgétaire qui aurait forcé les pays "cigales" à une gestion plus rigoureuse. Au contraire, en offrant à ces pays la possibilité, pendant une décennie, de s'endetter à un taux d'intérêt inférieur à leur taux d'inflation national, l'euro a favorisé la création de bulles spéculatives (Espagne) ou l'explosion des déficits publics (Grèce, Portugal).
Maintenant, il faut choisir entre Charybde et Scylla, entre la rigueur qui tue la croissance, donc réduit les rentrées fiscales et la capacité de rembourser la dette publique, et la relance qui restaure la croissance, mais gonfle les déficits.
Remarquons que le 3ème terme de l'équation, représenté par la soutenabilité de la croissance sur le plan environnemental, n'a toujours pas sa place dans le discours des économistes.
Intevenants: Eric Chaney, économiste, Agnès Bénassy-Quéré, directrice du CEPII, Philippe Simonnot, économiste.
Cet enregistrement disponible en libre écoute traite du développement économique de l'Afrique. Plusieurs pays africains connaissent une croissance économique importante depuis une dizaine d'années. Des études montrent que cette évolution n'est pas due uniquement à l'augmentation du prix des matières premières. Certains économistes affirment que l'Afrique est sur le point de vivre un réveil comparable à celui de la Chine. Toutefois, l'intérêt de cet enregistrement est de nous faire prendre conscience d'une caractéristique socio-culturelle de l'Afrique qui n'est pas sans influence sur son développement économique:
Comme l'explique Moussa Konaté, éditeur au Mali, l'individu africain existe d'abord comme membre de sa famille élargie. En conséquence, lorsque un Africain réussit sur le plan économique, il est tenu d'en faire bénéficier les membres de sa famille, même les plus éloignés, sous peine de "mourir" socialement. Cela explique le développement passé d'administrations pléthoriques dû à la nécessité d'offrir des postes à des membres du clan, qui plus est sans considération de leur compétence réelle. On peut légitimement penser que cet aspect de la culture africaine joue un rôle dans le caractère cleptocratique de certains dirigeants africains ...
S'expriment dans cette émission Jean Michel Severino, ancien directeur général de l'Agence Française du Développement, Moussa Konaté, éditeur au Mali et Erik Orsenna, économiste et écrivain.