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PostHeaderIcon Répudier la dette, est-ce une solution ?

( 4 votes )

Année: 2013

Durée: 1 H 05' 43''

Jean-Luc Mélanchon propose de manière péremptoire de s’asseoir sur la dette (de la France). Mais cette stratégie  est-elle réellement envisageable ? Cette question fait l’objet du débat de l’émission C dans l’air du 8 mai 2013 proposée dans cet enregistrement. En raison de la qualité des interventions, celui-ci constitue une belle leçon d'économie politique.

Cela semble contre intuitif, mais un Etat, contrairement à un individu, peut envisager de reporter indéfiniment le paiement de ses dettes, dans la mesure où la durée de vie de l’Etat n’est pas limitée à priori. Ainsi, tant que l’Etat est en mesure d'en servir les intérêts, il peut sans problème émettre de nouveaux emprunts pour rembourser ceux qui arrivent à échéance.

Il va de soi que plus la dette est élevée, plus la charge des intérêts pèse sur le budget de l’Etat. C’est le cas en France où les intérêts de la dette représentent le premier poste du budget public, ce, en dépit du fait que le taux d’intérêt demandé par les marchés au plus bas.

Si l’endettement augmente chaque année, comme c’est le cas de la France depuis plus de 30 ans, il arrive nécessairement un jour où les marchés perdent confiance et commencent à exiger un taux d’intérêt plus élevés pour compenser le risque de défaut accru. Ou alors, pour différentes raisons - retour de l’inflation, retournement conjoncturel - les taux remontent et étranglent le pays surendetté.

Lorsqu’un pays décide de ne pas rembourser sa dette - fait défaut - les marchés cessent de lui prêter de l’argent pendant plusieurs années. Pour la France, dont le déficit public est de l’ordre de 4 % par an, financé par l’emprunt, cela impliquerait de facto une réduction immédiate des dépenses publiques de 4 %, un choc extrêmement brutal sachant que la dépense publique en France représente 56 % du PIB !

“S’asseoir sur la dette” implique de sortir de l’euro et de dévaluer, massivement, ce qui n’est pas indolore en raison du renchérissement du prix des importations (carburants notamment) que cela entraîne. En principe, une dévaluation stimule les exportations, crée de l’emploi. Oui, mais pour autant

  1. que la conjoncture des marchés d’exportation soit bonne
  2. que les produits exportés soient concurrentiels en terme de qualité (les voitures allemandes sont chères, mais se vendent sans problème, au contraire des produits correspondants de milieu de gamme ...)
  3. que les pays “victimes” de la dévaluation compétitive n’érigent pas de barrières douanières ou ne dévaluent pas à leur tour.

L’histoire économique montre que la dévaluation fonctionne, parfois ...

Pour compliquer encore l’équation des finances françaises, toute réduction de la dépense publique a un effet multiplicateur récessif sur l’économie nationale - réduction de la croissance, augmentation du taux de chômage, ce qui se comprend puisque, encore une fois, plus d’un euro sur deux est généré par l’Etat. Une considération qui est invoquée depuis moult années pour différer inlassablement l’assainissement des comptes de l’Hexagone !

Alors la France est-elle un cas à part en Europe, elle qui n’a pas encore réduit sérieusement sa dépense publique, par rapport au Portugal, à l’Espagne, à l’Italie, à la Grèce, à l’Irlande, les pays qui ont empoigné la rigueur à bras le corps ? N’oublions pas que la France constitue, avec l’Allemagne, un des deux piliers de l’Europe …

Invités: Philippe Dessertine, économiste, Agnès Bénassy-Quéré, économiste, Bernard Maris, économiste, Philippe Frémeaux, journaliste économique.

Source: C dans l'air du 8 mai 2013 - Peut-on « s'asseoir » sur la dette ?

Ecouter également France, bientôt en déflation ?, France, les années de vaches maigres se précisent, Puiser dans l'épargne privée pour rembourser la dette publique, La quadrature de l'euro, France dans 6 mois - la dictature ou l'insurrection ?

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Commentaires (2)Add Comment
tchen
tchen
lundi 13 mai 2013
82.251.74.77
Avis : +0
...

Il semble que les positions bougent , bonne nouvelle ; a quand un débat sur le revenu de base ! une refonte réfléchie de notre système d'échange et pourquoi pas : pourquoi somme nous présent !
Merci pour cette proposition de communauté , c'est salvateur dans cette période, de vous savoir.
Have a nice day.
B.Dubrunfaut

webmaster_de_plusconscient
webmaster_de_plusconscient
lundi 07 octobre 2013
188.154.145.68
Avis : +0
RMI, vraiment ?

Le RMI ? Je lis un article sidérant il y a 2 jours dans le quotidien de référence suisse Le Temps. Pour apprécier son coût estimé proprement dantesque, il faut savoir que le PIB 2013 de la Suisse est estimé à 648 mia de francs. Alors ...

SUISSE & RÉGIONSvendredi 04 octobre 00:00
«Veut-on que la Suisse ressemble à une monarchie du Golfe?»

Céline Zünd
Questions à

L’initiative «pour un revenu de base inconditionnel» (RBI) propose de distribuer une allocation à tous les citoyens, riches ou pauvres. Bientôt, les Suisses devront se prononcer sur le texte, déposé ce vendredi à Berne. L’expert en politiques sociales Giuliano Bonoli porte un regard critique sur une proposition qu’il juge «noble» mais risquée.

Le Temps: La Suisse peut-elle offrir un revenu de base à l’ensemble de sa population?

Giuliano Bonoli: Difficile de répondre: jamais une telle politique n’a été réalisée à cette échelle et nous n’avons aucune manière fiable d’évaluer comment les individus réagiraient. L’accepter équivaudrait à sauter dans le vide.

– Les initiants proposent un revenu de base de 2500 francs par mois, 625 francs pour les enfants. En tout, 200 milliards par an. Comment les financer?


– C’est une somme colossale. Avec 2500 francs, on est au-dessus de ce que l’aide sociale considère comme le minimum vital pour une personne en Suisse, évalué à 2000 francs par mois. Le revenu de base pourrait être financé par des hausses d’impôts. En somme, ceux qui travaillent plus devraient payer pour ceux qui ne travaillent pas. Ce qui pose la question de la faisabilité politique de ce projet, qui est à mon avis sa grande faiblesse. En Suisse, il est mal vu qu’une personne en bonne santé reçoive des prestations sociales.

– Et si le RBI remplaçait les prestations sociales actuelles?

– Le revenu de base pourrait remplacer certaines assurances, comme l’AVS ou l’AI, mais certainement pas toutes. Les gains assurés par le chômage, par exemple, s’élèvent généralement à plus de 2500 francs. Faut-il décider que tous les chômeurs doivent se contenter de 2500 francs? Je ne pense pas non plus que cette somme suffirait à couvrir les besoins d’une personne invalide ou malade. Il faudrait donc conserver au moins l’assurance maladie et accident. Il est plus probable que l’on arrive à une superposition des différentes prestations sociales.

– Les revenus générés par le travail ne permettraient-ils pas de couvrir les coûts d’une allocation de base?

– Ces calculs reposent sur une erreur conceptuelle: ils supposent que rien ne changera et que le PIB restera tel qu’il est actuellement. Or, l’économie de marché s’appuie sur des équilibres fragiles. Une intervention massive dans un système de ce type pourrait provoquer un cataclysme économique.

– Quelle serait la conséquence la plus immédiate?

– Un revenu de base diminuera immanquablement l’incitation à travailler. Si un couple avec deux enfants reçoit 6250 francs par mois, je doute que les parents continuent à travailler à des taux identiques.

– Certains affirment au contraire qu’un système plus flexible augmenterait la productivité…


– On pourrait faire l’hypothèse que, s’ils travaillent par choix, les individus seront plus productifs. C’est peut-être le cas pour des professions à vocation. Difficile d’imaginer le même scénario pour des métiers du secteur de la construction ou du nettoyage, peu gratifiants mais nécessaires. Il faudrait alors les valoriser en augmentant les salaires, avec le risque que certains services deviennent extrêmement chers. Se poserait aussi la question d’une hausse de l’immigration.

– Comment la Suisse devrait-elle y répondre?

– Sans garde-fou, un tel système serait simplement impossible à financer. Mais s’il est conditionné, le risque est de voir s’installer une société à deux vitesses avec, d’un côté, des bénéficiaires d’une rente et, de l’autre, des étrangers voués à effectuer les tâches ingrates. La Suisse s’apparenterait alors plus à une monarchie du Golfe qu’à une démocratie. Propos recueillis par Céline Zünd

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