Dans ce court enregistrement, en examinant le cas de British Petroleum, Hervé Juvin, économiste et essayiste français, soulève la question de la relation entre la forme juridique d'une entreprise et les dangers que celle-ci fait courir à la société. British Petroleum a été épinglée à plusieurs reprises pour non-respect des prescriptions de sécurité. Le souci de maximiser la rémunération des actionnaires conduit les sociétés par actions à économiser sur la sécurité, explique Hervé Juvin. Dans certains domaines - exploitation pétrolière, nucléaire, santé publique, finance - l'accent mis sur la profitabilité à court terme par les grandes multinationales mondialisées fait de ces entités un danger pour le reste du monde. Hervé Juvin préconise, dans de tels contextes, de se tourner vers une structuration sous forme de société coopérative. La société coopérative est naturellement orientée sur sa pérennité à long terme, possède un domicile qui fait sens et est statutairement incitée à agir dans l'intérêt de ses coopérateurs.
Dans cet échange de vues, disponible ici en libre écoute, est examiné le rôle de l'histoire du dernier siècle dans les différences entre les visions allemande et française en matière économique. Avant la crise, la France a basé sa croissance sur la stimulation de sa demande intérieure par le soutien à la consommation et une politique salariale accommodante. A l'opposé, l'Allemagne a accru sa TVA et allégé les charges sociales des entreprises. Elle a opté pour la restauration de sa compétitivité et a donné la priorité à l'emploi, en modérant les augmentations de salaire et en acceptant l'émergence d'une classe de travailleurs pauvres. Résultat: l'Allemagne est à la fois championne des exportations et à la traîne en matière de consommation, deux caractéristiques qui déplaisent à ses partenaires européens.
Anton Brende et Frank Baasner soulignent à quel point la mise en place du fond de soutien européen et le rachat d'obligations grecques par la Banque Centrale Européenne heurtent les Allemands, très attachés à l'orthodoxie financière et au respect des règles. Ceux-ci se sentent floués, eux qui ont accepté en 1999 de renoncer au deutsche mark, monnaie solide et fierté nationale, pour un euro censé être de même nature. Cette constatation sonne comme une mise en garde ...
Intervenants: Marion Gaillard, historienne et maître de conférences à Sciences Po Paris, Anton Brender, économiste chez Dexia Asset Management et Frank Baasner, directeur de l'Institut franco-allemand de Ludwigsburg.
Dans cette interview à écouter ici, Pascal Hastir parle de l'égo. S'il n'y a pas lieu de vouloir annihiler son égo, il faut apprendre à connaître les multiples manières dont il nous trompe. Savoir identifier les subterfuges de l'égo aide à ne pas se laisser contrôler par eux et permet de vivre une vie plus sereine et plus authentique. Un des pièges de l'égo, comme nous le fait comprendre Pascal Hastir, est l'identification. En s'identifiant à un objet - sa voiture -, à son métier ou à la réussite de ses enfants, on se rend dépendant de circonstances extérieures à soi.
Dans un second volet est évoqué un autre piège de l'égo: la peur du vide et le besoin de le meubler par toujours plus d'objets ou d'activités. La consommation où le désir d'être actif ne sont pas des maux en eux-mêmes, explique Pascal Hastir. Il s'agit de prendre conscience de ce qui est à l'origine de ces besoins: réel intérêt ou tentative de fuir sa souffrance. Si l'on souffre, comment se libérer de cette emprise ? La réponse est dans l'accueil, l'acceptation, et non dans la fuite ou la résistance. Des paroles de sagesse à méditer et à pratiquer !
Dans cet enregistrement en libre écoute, nous faisons connaissance avec Edward Bernays, un homme qui a profondément marqué le 20è siècle puisqu'il est l'inventeur des techniques de manipulation de l'opinion, déclinées en propagande, puis en relations publiques et en marketing.
Edward Bernays nait en 1891. Sa vie se terminera en 1985, à l'âge de 104 ans. Dans son ouvrage le plus fameux, "Propaganda", il explique que la démocratie souffre d'un défaut majeur: l'ignorance et le manque de discernement des citoyens. Les décisions doivent être prises par la minorité éduquée de la population et les outils de formatage de l'opinion publique doivent être utilisés afin d'y rallier les masses. Bernays jouera un rôle prédominant dans la Commission Creel chargée de faire accepter aux Américains, qui y étaient au départ opposés, l'entrée des Etats-Unis dans la 1ère guerre mondiale. Ce n'est qu'une fois le conflit terminé que les gens réaliseront qu'ils se sont fait manipuler et que le terme propagande acquerra une connotation négative ...
Dans cette interview disponible en libre écoute, l'économiste Jacques Sapir défend la restauration du protectionnisme. Son argumentation est particulièrement limpide: l'histoire économique réfute le crédo libéral qui dit que la libéralisation des échanges profite à tous les pays en concurrence. Par ailleurs, Jacques Sapir explique que l'ouverture des marchés rend difficilement applicable l'instauration d'une réglementation écologique ou la mise en place d'une politique sociale progressiste: les coûts supplémentaires induis pour les entreprises génèrent un avantage concurrentiel au bénéfice des sociétés qui opèrent dans les pays qui n'imposent pas ces règles.
Jacques Sapir propose une forme éclairée de protectionnisme: en premier lieu, les droits de douane ne doivent pas frapper les pays dont la productivité est trop basse pour financer des mesures écologiques ou sociales. Ensuite, s'appliquant à des pays de niveaux de productivité similaires, les droits doivent être calculés de manière à rétablir une concurrence équilibrée entre pays vertueux et pays laxistes. Le produit des taxes ne doit pas servir à accroître les recettes fiscales, mais à financer des aides aux pays moins-disant afin qu'ils se mettent progressivement à niveau sur les plans environnemental et social.
L'économiste explique très clairement le mécanisme par lequel le libre-échange aboutit à imposer aux pays responsables les pratiques des pays libéraux, enlevant de ce fait toute possibilité de choisir une politique sociale et de l'environnement responsable.
Cette interview, dense malgré l'efficacité du propos, suscite beaucoup de réflexions et gagne à être écoutée plusieurs fois !
Dans cette interview disponible pour écoute, Leornado Bonanni, architecte et doctorant au Medialab du MIT parle de ses travaux, en particulier de la plate-forme sourcemap.org qu'il a développée. Sourcemap.org est un outil collaboratif alimenté à l'instar d'un Wikipedia. Son objectif est de permettre la traçabilité des éléments qui composent un produit - ordinateur, voiture ou steak-frites par exemple - ou un service. La provenance des composants est visualisée sur une carte, façon Google Map. Les chaînes d'approvisionnement permettent de calculer le bilan carbone du produit, ce qui fait du concept sourcemap un outil de choix pour l'écologie industrielle.
Une seconde partie de l'émission parle de la singularité (singularity), une composante de l'idéologie transhumaniste. La singularité postule que le progrès technique connaît une évolution exponentielle avec pour résultat - attendu ces prochaines décennies - une convergence de l'homme et de la machine. En d'autres termes, l'avenir de l'homme est dans la machine. Chacun jugera du caractère étonnant de cette philosophie qui entend déléguer à la technologie l'évolution de l'être humain.
Cet entretien en libre écoute avec 2 économistes sur la question de l'endettement des pays occidentaux fait apparaître de nouvelles données sur cette problématique: une étude américaine récente couvrant 2 siècles d'endettement des nations de différentes parties du monde montre l'existence d'un seuil critique d'endettement de 90 % du PIB. En deçà de ce seuil, la croissance annuelle moyenne des économies se situe aux alentours de 3.5 %. Passé cette limite, la croissance tombe à 0. Une découverte préoccupante lorsque on sait que l'endettement des pays occidentaux suite à la crise s'élève globalement à 98 % du PIB !
Les Etats se sont déjà trouvé en situation de sur-endettement, notamment au sortir de la seconde guerre mondiale. Néanmoins, la croissance élevée qui a résulté des besoins de reconstruction, accompagnée d'une forte inflation - les fameuses 30 Glorieuses -, a permis de rembourser les emprunts.
Jean-Luc Buchalet examine l'archétype du pays sur-endetté qu'est le Japon, lequel fait face de surcroit - tout comme l'Europe - à un problème de vieillissement de sa population. Comme l'explique l'économiste, le Japon, malgré un contexte économique plus favorable que celui de l'Europe aujourd'hui, s'est enfoncé dans la spirale de la dette, qui atteint aujourd'hui 218 % du PIB.
Pierre Sabatier évoque quelques pistes de solution: si l'on considère que depuis les années 80 les inégalités de revenu se sont notablement accrues au profit des plus aisés, la tendance pourrait bien être une charge fiscale renforcée sur les hauts revenus afin de financer l'effort de désendettement sans peser sur la consommation de la classe moyenne ...