Cet entretien avec Danièle Bourcier, directrice de recherche au CERSA-CNRS/Paris II et Evelyne Gayou, chercheur, compositeur, productrice à la radio, est consacré au concept de sérendipité. Connaître un nouveau mot offre l'avantage de pouvoir mettre une étiquette sur un concept, ce qui permet d'en prendre conscience et de le manipuler. La sérendipité se manifeste de manière privilégiée dans notre utilisation d'Internet, mais elle joue aussi fréquemment un rôle dans les découvertes scientifiques. Pasteur disait: "le hasard ne favorise que ceux qui sont prêts à l'accueillir", ce qui s'applique pour la sérendipité. Définir et prendre conscience de la sérendipité, c'est aussi ne plus regretter s'être laissé "égarer" sur le Net !
Dans cette interview, Jérôme Balesdent, chef de département adjoint Environnement et agronomie et Pierre Stengel, directeur scientifique "Environnement, écosystèmes cultivés et naturels", tous deux à l’INRA nous expliquent que le sol constitue un éco-système extrêmement complexe. Un mètre carré de sol peut héberger plus de cent milles espèces différentes de micro-organismes dont le 90 % sont encore inconnues des biologistes. Plutôt que de chercher à éliminer les espèces qui sont défavorables aux cultures, on essaie d'améliorer les conditions favorables aux micro-organismes antagonistes des espèces nuisibles. La rotation des cultures accroît la biodiversité du sol alors que les traitements chimiques la réduit. D'autres sujets sont abordés, comme la phytoremédiation - concentration des métaux lourds par les plantes dans un but d'assainissement - ou les difficultés liées à l'épandage de boues d'épuration.
En septembre 1904 à Berlin, un cheval provoque une énorme controverse en se livrant à des prouesses arithmétiques (opérations de base, racines), en épelant des mots, en appariant des personnes à des photos. Il est testé par une commission scientifique qui doit se résoudre à confirmer ses talents. Vinciane Despret, philosophe et psychologue, nous décrit les étapes qui permettront de mettre la main sur l'explication - surprenante - des talents de Hans, laquelle constituera un apport à la psychologie expérimentale naissante de l'époque.
Bernadette Bensaude-Vincent, professeure d’histoire et de philosophie des sciences à l’université Paris-X Nanterre et Jean-Michel Besnier, philosophe, Université de Paris IV - Sorbonne, s'expriment sur la direction que prend la science aujourd'hui. La recherche, autrefois vouée à l'étude et à la compréhension du monde, est de plus en plus orientée vers l'obtention de percées technologiques transformables directement en avantages économiques ou militaires. Est évoquée également la convergence NBIC (nanotechnologie, biotechnologie, techniques de l'information et sciences cognitives): il s'agit d'instrumenter les briques de base que sont les atomes, les gènes, les bits et les neurones afin de construire de manière bottom-up (en partant du bas) des systèmes plus complexes et auto-répliquants. Comment parviendra-t-on à garder le contrôle lorsque ces créations artificielles seront disséminées dans l'environnement, qui endossera la responsabilité en cas de catastrophe sanitaire ou écologique, quels problèmes éthiques se poseront lorsque se développeront les technologie d'augmentation de l'humain: quelques questions abordées par les intervenants en fin d'interview.
Anne Rasmussen, maître de conférence à l'Université de Strasbourg, parle de la pandémie de grippe espagnole de 1918, laquelle a fait, en quelques mois, beaucoup plus de victimes que la guerre qui s'est terminée la même année. Anne Rasmussen évoque les politiques mises en place par les autorités. Celles-ci doivent trouver un équilibre entre la nécessité de juguler la contagion et le souci de ne pas trop perturber le fonctionnement de la société. Il faut trouver un juste milieu entre le devoir d'informer et la volonté de ne pas provoquer de panique dans la population. Ces éléments de décision restent valables aujourd'hui. Dans cet ordre d'idée, il est piquant d'apprendre que les éleveurs de porc ont demandé de ne plus parler de grippe porcine, d'où le terme de grippe A utilisé désormais.
Emmanuel Ransford, physicien et épistémologue, apporte une nouvelle piste dans l'approfondissement de la physique quantique. Il émet l'hypothèse que la matière physique est également dotée d'une composante psychique, ce qui lui permet de faire des choix, et également d'être connectée par des liens de supralité aux autres éléments de la matière. Si cette théorie se vérifiait, elle expliquerait bon nombre de phénomènes paranormaux, tel que la télépathie ou les perceptions extra-sensorielles: une nouvelle voie qui prend en compte l'aspect psychique et non pas uniquement le point de vue physique et matérialiste.
Jacques Benveniste, scientifique français de haut vol, a été ostracisé en raison de ses recherches sur la mémoire de l'eau. Personnalité rigoureuse et brillante - il a dirigé une équipe au CNRS comptant jusqu'à 50 personnes - c'est à la suite du travail d'une de ses étudiantes qui tend à démontrer les thèses de l'homéopathie, conclusion à laquelle il ne croît pas, qu'il décide de refaire lui-même les expériences qu'il met en cause. Ses constatations sont stupéfiantes et soulèvent des questions qui restent non résolues. Le problème est que la rétention d'informations par de l'eau déminéralisée mise en évidence par Jacques Benveniste ne peut s'intégrer dans le paradigme qui régit l'étude des interractions au niveau moléculaire. Elle sera rejetée par la science officielle qui refusera de poursuivre les pistes de recherche ouvertes par Benveniste.
Poursuivant ses recherches, Jacques Benveniste fait apparaître qu'il est possible d'enregistrer dans un fichier informatique le signal constituant la signature d'une molécule contenue dans un tube à essai. Cette information est ensuite transférée via un dispositif constitué d'un amplificateur et d'une bobine à une éprouvette contenant de l'eau pure. Les effets obtenus avec l'eau pure sont identiques à ceux causés par l'eau du tube d'origine contenant physiquement le principe actif. Science fiction ou science d'avenir ? La question est troublante à une époque qui démontre son incapacité à accepter un nombre croissant d'évidences !